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TEXTE CRITIQUE/

We're beautiful like diamonds in the sky

Depuis les mouvement politiques et sociaux afro-américains tels que « Black is beautiful » ou les Blacks Panthers, la question de la parade a été au cœur de ces réflexions protestataires qui ont condensé toutes les peurs de l’Amérique blanche, raciste et puritaine. Afin de s’émanciper des valeurs culturelles imposées par les Blancs dans les années 60 à la suite des mouvements pour la défense des droits civiques, une nouvelle réflexion identitaire est mise en place pour que les Noirs afro-américains apprennent à ne plus se sentir inférieur-e-s par un retour aux racines africaines. Dans les années 60 en Californie, les Black Panthers cherchent à créer une société alternative où leur couleur de peau ne les ramènerait pas indéfiniment à leur statut de « descendant d’esclaves ». Formulant un discours politique bien rôdé, l'aspect esthétique et la communication visuelle du mouvement ont été des points forts et essentiels dans cette lutte au quotidien. Les Blacks Panthers ont porté une attention toute particulière au vocabulaire vestimentaire qu'ils mirent en place afin d'avoir une maîtrise parfaite des symboles dans la création d'une identité visuelle immédiatement reconnaissable et facilement reproductible. Pantalon noir, chemise bleu marine, veste en cuir, coiffure afro et béret ; au travers de son uniforme, le Panther s'intègre dans un groupe revendiquant et exaltant une identité typiquement afro-américaine, en porte à faux avec les codes esthétiques de la respectabilité WASP. En 1967, le sénateur Mulford qui souhaite lutter contre les groupes armés d’extrême gauche propose un projet de loi qui vise à interdire le port d’arme. Il est soutenu par le gouverneur de Californie, Ronald Reagan bien que cela aille à l’encontre de l’idéologie dominante américaine. Les Black Panthers organisent en avril 1967 une manifestation devant et dans le Capitole de Sacramento. Ils sont en uniforme et armés. De nombreuses images et films ont diffusé ces actions de parade, de marche et de protestation. Voulant également réveiller des rituels enfouis, les Black Panthers se référent à tout un pan historique et sociale de l'apparat de guerre et de l'activisme. Ils ont nourri l’imaginaire insurrectionnel d’images : impact de l'image révolutionnaire, utilisation de slogans, portraits des leaders du parti avec des apparats guerriers mêlés à des objets d'art africains. De ces tenues- uniformes fusionnant la vie et le combat,  le souci de l'apparence a clairement appuyé les luttes et les revendications du mouvement black panthers. 

Ces nombreuses représentations iconiques - images résistantes, images de résistance - liées au mouvement Black Panthers ont été répertoriées et récupérées par l'artiste Raphaël Barontini* au sein de différentes installations (une de ses récentes expositions s'est intitulée « Parade », une immense installation de bannières présentée à la Fabrique de la Ville à St Denis en mai 2014). Point de collision entre le réel et l’onirique, le passé et le présent, l’occidental et le «sauvage », Raphaël Barontini use d'une posture pop hybride faite de métissages culturels afin de requestionner l'héritage pictural. Décloisonnant les références de la peinture académique par son rapport à la statuaire et à l'image sérigraphiée ou numérisée, il emprunte des enjeux à l’afro-futurisme, pont entre la technologie et les racines, la musique traditionnelle et la musique électronique, l’histoire de la communauté noire et la métaphysique. Raphaël Barontini réinterroge le style de la nature morte avec des objets se référant aux rituels vaudou et à l'imagerie empruntée à l'Histoire de l'art classique au sein de compositions numériques imprimées sur toile. Au sein de cette ré-interrogation critique sur le statut des reproductions, Raphaël Barontini utilise de nombreux supports, de techniques de diffusion et de traitement de l'image afin d'engager un jeu    de composition entre l'objet décoratif, mortuaire, funeste et rituel. Ses œuvres arborent une connotation à la fois festive, ornementale, cérémonial et politique. Croisement entre fétichisme et idolâtrie, il se réfère également aux arts de la divination issus de la religion vaudou par l'utilisation de franges, de perles, de paillettes pour ses bannières-peintures. Une séduction est à l'oeuvre rehaussée par des couleurs criardes, des matériaux postiches et clinquants pour un scintillement d'une révolte historique et visuelle en devenir. La parade continue...

Marianne Derrien / 2016 / Revue MANUEL