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Raphaël Barontini est peintre. Agé de 29ans, Il vit et travaille à Saint Denis, au nord de Paris. Il est diplomé des Beaux Arts de Paris.

Le travail de peintre de Raphaël Barontini est multiple, interrogeant les limites du support, développant une écriture sans hiérarchie d’où s’extraient des héros frappants. Comme pour une procession de cour ou devant les fastes d’un royaume où l’exotisme décide des codes, les bannières et tableaux de Raphaël Barontini sont des questions ouvertes sur la tradition du portrait et de la représentation d’une culture, créolisée, diverse et paradoxalement mondialisée. Métissage qui intègre à la réalité d’une identité, les collages pops et francs de fragments d’une multitude de références. Ces bannières, blasons modernes, composent des total-looks, du vêtement à la coiffure, et constituent ces portraits exotiques, pops comme populaires. Les assemblages de peinture, de collage et de sérigraphie … que crée Raphaël Barontini trouvent leurs motifs d’origines dans les formes folkloriques comme la mode les convoque sans cesse : le passé vif pour un futur immédiat.

Interview,

Mathieu Buard : Qu’est ce que pour toi ces bannières, peinture et objet textile souple, ces drapeaux flottants ?

Raphaël Barontini : Je voulais déplacer le genre classique de la peinture, hors châssis, ouvrir la peinture à l’idée de la procession, du mouvement, l’intégrer à la foule comme dans un carnaval et en même temps pouvoir l’affranchir de hiérarchies et utiliser les images et formes de ces cultures de la déambulation, pops et rituelles. En déplaçant la forme classique de la peinture, je l’intègre dans une culture plus large, mixée et étrangère à elle-même. 

MB : Oui, parlons de cette mixité, de ce multiculturalisme qui passe par les diversités de sources et des matériaux chez toi  aussi ? Quelles sont ces sources ?

RB : Ca part de l’imagerie historique du pouvoir occidental, de la peinture de cour, de cette représentation que j’ai commencée à travailler aux beaux arts. Images que j’ai finalement associées à d’autres cultures, symboliques, sacrées, mythologiques, de la statuaire vaudoue aux costumes de cour comme de carnaval, du street art aux médiums digitaux. Le tout pris dans une technique de peintre très ouverte, sans le châssis je l’ai dit, en agglomérant, superposant, les gestes. En intégrant clairement la dimension textile, l’immédiateté sérigraphique. Des objets ornementaux ou décoratifs. Mes nouveaux colosses sont vêtus de motifs et formes extraits des carnavals Black Indian de la Nouvelle Orléans, de la culture vaudoue, motif récurrent dans mon travail, de brass band de jazz qui déambulent ou des sambodromes brésiliens. Mixe entre costume d’époque, apparat carnavalesque pris dans une dynamique à la Rammellzee, artiste new-yorkais des années 80.


MB : Et donc de l’omniprésence de la musique dans ces mouvements, dans ta peinture ? Et de quelle musique d’ailleurs ?

RB : Oui, j’ai été musicien avant d’être peintre. J’ai appris la percussion et les rythmes de carnavals caribéens notamment avec le groupe Akiyo qui vient de la Guadeloupe. La force de cette déambulation m’a marquée définitivement. Du coup colosse, bannière, ça vient de là aussi. La musique a donc une part majeure dans mon travail. Et ces rythmes s’inscrivent aussi dans la façon contrastée que j’ai de peindre, rythmique visuelle agitée par les collages, les surfaces entrelacées. Recherche aussi d’une danse autour et dans la toile libre, d’une énergie vitale, dans la peinture comme dans la vie.


RB : Alors, la musique, un goût super hétérogène, du balafon malien à la folk américaine en passant par le hip hop américain ou les musiques électroniques…

MB : D’où le plaisir de collaborer avec Mike Ladd… aussi. Revenons à  la mode finalement, à la forme textile de ton travail. Et du croisement des genres finalement…

RB : Effectivement, de la sérigraphie de drapés ou de dentelles, des franges aux apparats peints. Il y a une sorte de mystère à peindre la matière textile. Et ma toile devient presque un drapé en soi. Le collage augmente cet effet. Mes corps peints ne sont jamais nus. La présence du vêtement est centrale. Allure et identité, comme pouvoir aussi. Vêtement social évidemment, où se mixent les époques, vêtement théâtral et décoratif. La seule clé dans mon travail d’un récit et d’élément tangibles réside dans la place du vêtement.


RB : Et le croisement des genres, c’est ce multiculturalisme qui traverse mon travail, local et familial. Multiculturalisme français, métissé, et d’une créolisation mondiale de laquelle je me sens très proche. Le monde comme un grand carnaval.

Mathieu Buard,
Critique et commissaire d’exposition – 2014.