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Graduation Text, (November 2009)

by Mathieu Buard

 

{French}

Il y aurait un héros seul et ses fantômes, sur une surface vide. Et, en guise de trophée, une peau découpée, cette toile qui était sur un châssis et que Raphaël Barontini découpe, désosse et dépose à la mémoire des faits du héros. La production de Raphaël Barontini est celle d’une peinture de sujets, de symboles, de portraits qui interrogent le langage classique de la représentation à l’aune de références qui s’entrechoquent, du « bon sauvage » à l’homme moderne. Il y aurait là un primordial, un quelque chose d’essentiel qui donnerait une humanité sans concept. Dans la solitude du temps contemporain, dans un espace élagué, la figure présente sur la pellicule picturale joue un rôle central, sans texte, pour une scène primordiale et prise sur le vif. Le corps peint est sous tension. Le vide alentour concentre l’impact. Rien de plus n’est donné à voir.

Cependant la bannière restitue l’image documentaire d’un mouvement violent dans le réel, d’une énergie déployée à se signifier. La figure ou le portrait, on ne saurait plus dire, incarne un moment universel, un commun partagé. La posture de cette personne donne accès à cette énergie véhiculée, à la vision de ce qui n’est pas encore mort. De Baudelaire à Bataille, l’énergie dépensée ici augure des qualités d’impact de l’image d’un instant quasi cinématographique. C’est cet impact que recherche Raphaël Barontini, de l’idée d’un choc par le médium pictural et partant de là d’une opération qui défalque le portrait d’un vraisemblable pour le faire accéder au réel, au titre d’une expérience. Et par la même il entend restituer à l’image sa puissance, sa singularité. « Célébrations », « Trophées », « Poupées Vaudous » sont alors les bannières d’un chant somptuaire dédié aux  circonstances et labeur de cette existence. S’imprime dans ce désert de paillettes le triomphe temporaire de l’individu sur son présent, victoire essentielle retenue par la mémoire d’un individu anonyme, ou plutôt de son portrait. Donner à voir cette puissance, incarner la vivacité d’une énergie actuelle, essentielle en tous les cas, place la peinture dans la perspective d’une formulation de cette puissance, comme une nécessité.


Mathieu Buard, Professeur de stylisme à l'Ecole Duperré, critique et commissaire d'expositions.

 

graduationRaphaelBarontini